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Développement économique

par Didier MERLE

jeudi 9 octobre 2003

CANNE À SUCRE : "LA RAISON D’ÊTRE" DE L’ILE MAURICE

L’île Maurice a longtemps vécu de la monoculture de la canne à sucre, importée de Java par les Hollandais en 1639. Même si le mérite d’avoir introduit une si importante source de richesse revient aux Hollandais, ces derniers abandonnent l’île en 1710, ne laissant aucune infrastructure qui aurait pu faciliter le développement de ce qui deviendra, plus tard, le pilier de l’économie régionale.

C’est à l’époque de la colonisation française qui commence en 1715, et plus précisément avec l’arrivée du gouverneur Mahé de La Bourdonnais en 1735, que les choses sérieuses vont vraiment commencer. Le gouverneur crée alors la première sucrerie à Pamplemousses, étend la culture de la canne à sucre grâce à la contribution des esclaves malgaches et africains et développe le port qui devient rapidement une importante base navale en raison de sa position clé sur la route des Indes.

A la fin du XVIIIème siècle, l’île est alors le fleuron de l’Empire colonial français dans l’Océan indien, le centre du commerce et de la "course".

Si l’industrie de la canne à sucre avait réellement débuté sous la tutelle française, ce sera pendant la période britannique qu’elle prendra une véritable extension, au point de devenir une quasi monoculture, malgré quelques cultures d’appoint comme les plantes vivrières, le thé ou le tabac. La période britannique (1810-1968) est en effet marqué par un nouvel essor économique et politique qui fait suite à l’abolition de l’esclavage en 1835 et à l’arrivée de la main-d’oeuvre indienne sous contrat à partir de cette époque. Cette nouvelle force de travail, habile et valeureuse, contribuera au développement de cette industrie.

L’Ile de France, sera rebaptisée Mauritius par les Anglais dès 1810, et connaitra au courant du XIXème siècle un développement intensif de son industrie sucrière et de son commerce, lui assurant ainsi un renouveau de sa prospérité. La canne à sucre deviendra alors "sa raison d’être". La production du sucre, qui atteindra 150,000 tonnes en 1862 pour 52,000 hectares sous culture, continuera d’augmenter régulièrement jusqu’au milieu du siècle dernier, favorisé par un effort de productivité accru.

UN QUART DE SIÈCLE DE CROISSANCE : FRUIT DE LA DIVERSIFICATION SECTORIELLE.

À l’époque de l’indépendance du pays en 1968, l’île Maurice, que l’ouverture du Canal de Suez avait mis à l’écart des routes maritimes traditionnelles, était devenue une "île à sucre" typique. Les importants quotas d’exportation vers l’Europe ( Protocole Sucre des Accords de Lomé garantissant l’achat annuel de 507,000 tonnes de sucre à un prix préférentiel ) ont fait du sucre une culture rentable et ont permis à l’industrie sucrière mauricienne de se bâtir une réputation mondiale.

Cependant, malgré ces acquis et une solide expérience, cette industrie rentrera dans une période de déclin absolu et relatif. En effet, malgré les efforts de modernisation, de restructurations successives, de diversification vers la production vivrière et finalement de concentration des usines, l’agriculture verra sa contribution au PIB diminuer régulièrement. De 20% du Produit Intérieur Brut en 1977, elle ne représentera plus que 6% de nos jours. Toutefois, elle emploie encore actuellement 11% de la population active.

La croissance économique mauricienne prendra réellement son essor au cours des années soixante-dix et quatre-vingt avec une politique économique d’inspiration Keynésienne. L’État favorisera l’accès au capital et au crédit des entreprises-clés et mettra en place des mesures fiscales attractives, incitant à l’exportation et à encourager les investisseurs étrangers.

Ainsi créée en 1970, la zone franche industrielle (EPZ : Export Processing Zone) sera rapidement une réussite. Ce statut juridique particulier, offrant de nombreux avantages fiscaux, permettra à beaucup d’entreprises, surtout dans le domaine textile et de la confection (pull en laine, vêtements, articles en cuir, montres etc...) de réaliser une expansion formidable et de jouer un rôle de premier plan dans l’économie du pays.

La croissance du secteur secondaire de l’économie sera également portée par l’investissement en capital humain. Une main d’oeuvre sera formée, capable de s’adapter facilement aux besoins d’une société industrielle fondée sur des principes de production intensive et moderne.

La zone franche mauricienne emploie aujourd’hui 140,000 personnes, soit plus de 29% de la population active, dont une majorité de femmes. Avec plus de 30 ans d’expérience dans ce domaine, Maurice deviendra le plus grand exportateur de prêt-à-porter dans la région africaine.

À la différence de la plupart des pays d’Asie, ce secteur bénéficiera d’un accès privilégié (sans droit de douane et quota) aux marchés de l’UNION EUROPÉENNE, droits accordés par la Convention de Lomé, de même qu’à des tarifs préférentiels accordés grâce au GPS (General System of Preferences) par des pays tels que les États-Unis et le Japon. De plus, la récente loi américaine "Africa Growth and Opportunity Act)" (AGOA), permettra l’importation de certains produits aux États-Unis sans droits de douanes.

Ces accords privilégiés avec certains grands pays industrialisés, la main d’oeuvre aujourd’hui très qualifiée ajoutés aux avantages fiscaux, favoriseront le développement du commerce international et, bien évidemment, contribueront à attirer de nombreux investisseurs étrangers. Ces derniers auront, en fait, permis de financer le transfert de la maîtrise de la technologie et du savoir-faire à la main d’oeuvre mauricienne. Par ailleurs, la stabilité de l’environnement politique créera un climat de confiance et facilitera une gestion cohérente de la politique monétaire, confortant ainsi la croissance.

L’INDUSTRIE DU TOURISME

Maurice a réussi en quelques années à s’imposer comme une destination touristique par excellence. Outre la beauté naturelle des paysages, la qualité de l’hébergement et des services offerts, l’amélioration des infrastructures locales et la desserte aérienne avec des vols directs, sont autant de points forts qui ont soutenu le développement de ce secteur. Des campagnes promotionnelles ciblées ont également contribué à faire du tourisme le troisième pilier de l’économie mauricienne.

En 2002, le nombre de visiteurs s’est élevé à environ 600,000 et, avec une croissance annuelle récurrente de l’ordre de 15%, on estime que ce chiffre pourrait atteindre 700,000 en 2003 (58% venant de l’Europe-dont près de 46% de la France). La baisse du taux de remplissage des chambres (passant de 69% en 2002 à 58% en 2003) n’est donc pas du à une baisse des arrivées, mais simplement à l’augmentation de chambres disponibles. En effet, le parc hôtelier ne cesse de s’agrandir et le nombre de chambres qui approchent les 10,000 aujourd’hui (répartis sur 97 établissements), devrait progresser encore d’environ 1,500 sur l’année 2004 et d’environ 2,500 par la suite. En effet, le ministre du Tourisme Monsieur Nando Bodha vient d’annoncer lors de sa conférence devant l’American Chamber of Commerce (AMCHAM) des projets de Taj Hotels et du Club Méditerranée ainsi que du démarrage de la construction de deux complexes à Bel Ombre pour fin 2003. Dans un deuxième temps, des projets soumis par des promoteurs espagnols, italiens et deux groupes mauriciens seront mis en chantier. Les investissements totaux, selon le ministre, pourraient s’élever à Rs. 10 milliards.

Le tourisme est donc un véritable "success story". La destination Maurice bénéficie d’une image de qualité ayant évité jusqu’ici le tourisme de masse et s’appuyant sur le sens de l’hospitalité des Mauriciens, le multilinguisme de la population ainsi que la stabilité économique, sociale et politique du pays.

Conscient que son développement reste un atout pour son développement touristique, le pays accorde une place privilégiée à la protection et à la préservation de son environnement naturelle. Le même soucis de protection dans le domaine du patrimoine architectural aurait cependant pu être plus accentué, préservant ainsi des nouveaux sites pour la joie de nos visiteurs.

En misant davantage sur le haut de gamme, la qualité de ses établissements hôteliers et l’ouverture vers de nouveaux marchés, l’industrie touristique est appelé a jouer un rôle prépondérant dans l’économie mauricienne dans les décennies à venir. Le Ministère du Tourisme espère même faire de ce secteur la force motrice de l’économie mauricienne. Aujourd’hui, avec les difficultés que connaissent le secteur sucrier et la zone franche ainsi que l’attente du développement du secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication, le tourisme est de loin le secteur qui soutient la croissance économique du pays.

OFF-SHORE. UN PARADIS FISCAL ?

Des lagons bleus et des plages de sable blanc sont donc les principales images que gardent les touristes lorsqu’ils viennent séjourner dans ce petit paradis terrestre.

Cependant, s’ils s’arrêtent à Port-Louis, capitale de l’île, les visiteurs ne peuvent échapper à cet important quartier des affaires qui s’est développé face au port. Avec ses bureaux, ses banques, ses sociétés financières, la République de Maurice, subitement, fait plus penser à un paradis fiscal qu’à un paradis touristique.

Depuis 1992, on a assisté en effet, à la mise en place d’un cadre juridique visant à promouvoir Maurice comme un centre de services financiers et de commerce international.

Cette stratégie de développement économique, tournée vers les investissements étrangers, a permis à l’Ile Maurice de devenir l’un des tout premiers centres off-shore de l’hémisphère sud. Aujourd’hui, l’on recense plus de 9,000 entités off-shore en activités : banques, compagnies financières, sociétés d’investissement, compagnies d’assurance, fonds de retraite, et sociétés de capital-risque (comme par exemple la Mauritius Capital Venture Fund, créée en 1995).

Un secteur en plein développement qui offre de nombreux avantages, de la franchise d’impôt au libre rapatriement des fonds en passant par l’absence de contrôle des changes et de non-double imposition. Maurice offre en outre un environnement propice aux affaires : un réseau de télécommunication de pointe, la stabilité politique, une bonne structure juridique, une main-d’oeuvre qualifiée et des coûts de services raisonnables.

Par rapport aux autres centres financiers internationaux, la République de Maurice peut ainsi être classée dans la catégorie des pays à régime fiscal privilégié : l’off-shore mauricien offre tous les avantages d’un paradis fiscal, mais applique strictement les règles et les normes internationales en matière de combat contre le blanchiment d’argent et du financement du terrorisme.

La place financière mauricienne doit ausi sa réussite à l’implantation, en 1992, d’un port-franc dont la zone d’exploitation s’étale sur plusieurs centaines d’hectares ; quais, entrepôts, chambres froides, servent à importer, transborder et réexporter des marchandises venues d’Asie vers l’Afrique et l’Europe.

De zéro en 1992, le chiffre d’affaire prévisionnel du port-franc dépasse les 200 millions de dollars. Des investissements adéquats, l’amélioration des infrastructures et sa position stratégique entre les continents asiatique et africain font de la République de Maurice une plate-forme pour le commerce régional. Off-shore et port-franc visent donc à faire de l’Ile Maurice le grand centre financier et de transit de cette partie du monde.

Cependant, avec la conjoncture géopolitique et économique actuelle, Maurice fait aujourd’hui face à de nouveaux défis :

- Forte concurence des pays asiatiques (dont la Chine), entraînant une perte de compétitivité des produits à faible valeur ajoutée.

- Dilution des préférences ACP et politique commune en Europe révisant à la baisse le prix du sucre.

- Disparition des "accords multifibres" résultant de l’ "Uruguay Round".

Ainsi, la nouvelle stratégie de développement sera axée sur la recherche de nouveaux créneaux, tels que la technologie de l’information et des télécommunications, secteurs à forte valeur ajoutée.

L’ILE MAURICE : UN PARADIS BRANCHÉ ?

Afin de garder une longueur d’avance sur ses concurrents, l’Ile Maurice décidera, il y a de cela plusieurs années, de prendre résolument le tournant des nouvelles technologies de l’information par une politique gouvernementale éclairée et volontariste. CYBERCITÉ, ville nouvelle près de "Rose-Hill" ,laissera penser que l’Ile Maurice fonde, avec raison, son nouveau développement économique sur le cinquième pilier de l’économie que devrait être le secteur des N T I C (Nouvelles Technologies de l’Information et des Communications).

Des sociétés informatiques indiennes de réputation mondiale, telles qu’INFOSYS ou SATYAM, s’installent actuellement au "cyber-village" d’ÉBÈNE, venant profiter du bilinguisme mauricien et des accords de "non-double imposition" pour pénétrer certains marchés européens. À titre d’information, ce secteur de développement bénéficie d’un soutien financier de 100 millions de dollars de la part de la grande péninsule, illustrant ainsi un bel exemple de coopération sud-sud.

Dans ce nouvel axe de diversification, nous pouvons observer, à travers l’analyse des chiffres ci -dessous, que les "indicateurs technologiques" de la République de Maurice ne sont pas comparables à ceux du continent africain : -

- Pour 100 habitants ILE MAURICE Moyenne AFRIQUE sub-saharienne*

- Nbre de lignes téléphoniques fixes 25,6 0,8
- Nbre d’abonnés téléphonie cellulaires 23,2 0,6
- Nbre d’ordinateurs 10,1 0,5
- Nbre de connections internet 3,6 0,1

* Hors Afrique du Sud

L’Ile Maurice serait-elle pour autant ce paradis branché que ces chiffres semblent montrer ?

Même s’il est trop tôt pour y répondre, on ose y croire. Il est en tout cas indéniable que le secteur des NTIC offre une incomparable opportunité pour l’intégration de la République de Maurice à l’éconimie mondiale. Une chose est sûre, c’est que les autorités gouvernementales mauriciennes semblent se donner les moyens nécessaires pour y parvenir.

CHIFFRES ÉCONOMIQUES


1990

2001

POPULATION

1,058,800

1,199,900

POPULATION ACTIVE

420,800

490,300

Secteur primaire

420,8

490,3

(dont canne à sucre)

15%

11%

(dont textile zone franche)

345%

50%

(dont hôtellerie)

11%

18%

(dont secteur financier)

3%

4%

(dont services)

25%

21%

TAUX DE CHÔMAGE

2,80%

9,20%

REVENU ANNUEL MOYEN

1093

3374

ESPÉRANCE DE VIE (Nbre d’années)

69,5

71,9

TAUX DE MORTALITÉ INFANTILE

2,04


NOMBRE DE VEHICULES ENREGISTRÉS

123,500

255,100

TAUX D’ACCIDENTS POUR 1000 VÉHICULES

90

75

NOMBRE DE CHAÎNES DE TÉLÉVISION (Nationale et internationale)

1

53

NOMBRE DE LIGNES TÉLÉPHONIQUES

54,900

306,800

NOMBRE DE TÉLÉPHONES CELLULAIRES

2,200

278,500

TAUX DE SCOLARISATION

48%

63%

TAUX D’ALPHABÉTISATION

80,70%

85,10%

COURS DE CHANGE (Euros / Roupies mauriciennes)

18

31.00

BALANCE DES PAIEMENTS COURANTS (Million Rs.)

-1,773

-1,218

INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION (Base 100 en 1997)

NS

147

TAUX D’INFLATION

4,20%

5,40%

PRODUCTION DE SUCRE DE CANNE (’000 tonnes)

624

646

PRODUCTION ÉLECTRIQUE (GWh)

667

1659

PIB HORS TAXATION (millions de Rs.)

33,604

117,225

(secteur primaire)

13%

6%

(secteur secondaire)

32%

29%

(secteur tertiaire)

55%

65%

TAUX DE CROISSANCE ANNUEL

7,30%

5,80%

EXPORTATION DES PRODUITS DOMESTIQUES (millions Rs.)

17,320

42,474

ROYAUME-UNI

37%

32%

FRANCE

23%

9%

IMPORTATIONS (millions Rs.)

24,019

58,115

AFRIQUE DU SUD

9%

14%

FRANCE

15%

9%

INDE

4%

8%

CHINE

3%

7%

Autres informations de bases concernant l’économie de l’Ile Maurice : -

- La croissance se maintient à environ 5% par an,
- le secteur sucrier connaît une croissance de l’ordre de 9%,
- le tourisme de 15%,
- le secteur financier de 11%,
- la zone franche de 7%.

- L’investissement, en légère baisse, a connu ces dernières années une croissance d’environ 13% et le ratio investissement / PIB est de 28%.

- Le taux d’inflation est de 6 à 7%, celui du chômage de 2 à 5%,
- l’épargne nationale de 23%,
- l’épargne domestique de 23.5%.

- La croissance est de 9% par an.
- La consommation des ménages augmente de 13% par an, ce qui indique une économie suffisamment forte pour affronter les défis de l’après GATT.

Didier MERLE Paris ce 13 octobre 2003

- Source : Central Statistic Office - Ministry of Economic Development, Financial Services and Corporate Affairs.

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